La Vouivre


Extrait du livre
"La VOUIVRE, UN SYMBOLE UNIVERSEL"
Kintia Appavou et Régor R. Mougeot
(Ed. la table d'emeraude, paris, 1993, 1995 - Epuise, consultable en bibliotheque)
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De plus, saint Michel aurait lutté contre le prodigieux dragon de Saint-Vivien-de-Pons. Saint Georges est omniprésent dans les paroisses de France, plus répandu encore que l'archange saint Michel !

Et nous ne prétendons nullement être exhaustifs !

Les hagiographies n'ont fait que reprendre les anciennes légendes païennes qui survivent ainsi à travers elles. Nombreuses sont les effigies de dragon que l'on sortait jadis en procession lors des Rogations, ou lors du carnaval, dans les fêtes profanes.

Il arrive aussi, une fois n'est pas coutume, que le serpent protège le saint contre les soldats romains qui veulent se saisir de lui, comme dans la légende de saint Pèlerin, à Bouhy, dans la Nièvre !

Partout les saints succèdent aux druides de l'ancienne Gaule, au coeur de la forêt des Carnutes comme ailleurs.

Il n'y a donc pas une province qui n'ait un ou plusieurs saints locaux ayant tué, dompté, soumis, apprivoisé, rendu inoffensif le Dragon, la Tarasque, le Coquatrix ou la Coulobre personnifiant l'Energie terrible de la terre, puissance de la montagne, force du torrent, béance du gouffre, dévastation des crues..., qui devenant plus docile prend alors le nom plus doux de Vouivre.

Le Drac par exemple, qui se jette dans l'Isère à Grenoble, est souvent cause d'inondation, et un ancien dicton dauphinois dit :

«Lo serpen e lo dragon

Mettron Grenoble en savon.

Il en lessive les rives ! »

Il est bien établi que toutes ces légendes mettent en évidence le fait que les monastères chrétiens, en s'établissant sur tout le territoire, ont contribué grandement à l'assèchement des marais, à la domestication des rivières et des fleuves aux crues dévastatrices. Mais il y a alors partout christianisation des anciens lieux de culte druidiques, christianisation des dieux gaulois et celtes comme des déesses-mères chthoniennes. Les preuves en sont partout abondantes.

Sous l'église mérovingienne de Vienne-en-Val, à mi-chemin entre Jargeau et Saint-Benoît-sur-Loire, ont été trouvés, en 1968 et 1969, « une dizaine d'autels gallo-romains et autant de statues de dieux, déesses et d'un fauve dévorant un homme ». A l'aube du christianisme, nombre d'églises ont été élevées sur les anciens lieux de cultes druidiques, sur les sources guérisseuses et les puits sacrés des Celtes, sur les dolmens et les menhirs ou à leur proximité.

La Chanson de Roland cite un dieu païen Tervagan(t) :

«E Tervagan tolent sun escarbuncle »

(Ils enlèvent à Tervagan(t) son escarboucle.)

« ... les commentateurs sont d'accord, et avec raison, pour penser qu'il s'agit là d'un grand dieu gaulois », nous dit Henri Dontenville.

Et l'auteur met également en évidence derrière Gargantua, notre géant national, omniprésent dans les légendes multiples comme dans la toponymie, le « Panthéon gaulois ». Sur la plaque de bassin en argent doré trouvé à Gundestrup, Cernunnos tient d'une main le serpent-vouivre, et sur le célèbre vase trouvé au même endroit e géant anguipède image Gargantua. L'autel gaulois de Vendeuvres, près de Bourges, est aussi révélateur :

« Au centre est un dieu cornu enfant, assis entre deux personnages qui lui tiennent les cornes et sont debout chacun sur un serpent. Des deux reptiles, celui de gauche a peut-être un visage humain... ».

Le dieu de Sommérécourt (Haute-Marne), actuellement au musée d'Epinal, et celui d'Autun tiennent tous deux bien en main deux serpents à tête de bélier. C'est un serpent criocéphale qui est gravé également sur la stèle de Mavilly (Côte-d'Or) à côté d'un Mars celtique, tout comme à Alise-Sainte-Reine, à Vichy, à Vignory en Haute-Marne. De celui de Mavilly, Paul-Marie Duval, dans son ouvrage Les Dieux des Gaules, nous dit :

« "Il paraît être (...) une divinité animale indépendante, spécifiquement gauloise, car on ne le connaît nulle part ailleurs." Il ajoute un peu plus loin qu'il est terrien, chthonien: "Non seulement il touche la terre de tout son corps, vivant en contact presqu'incessant avec le sol, mais il pénètre encore dans ses cavités, s'enfonce dans ses boues, dans ses sables et dans ses eaux." »

La légende de saint Pèlerin dans le Bourdonnais recouvre le culte à Mars Bolvinnus (ou Borvo), et le serpent de ce dieu, dont « la tête est aussi grosse que celle d'un enfant », prouve, pour Henri Dontenville, que « Gargantua est bien le serpent gaulois (ou le serpent de Bouhy) ». Il rapproche en effet ce détail de la légende qui donne à Gargantua l'aspect d'un lançon à sa naissance.

En Provence, Alphonse Daudet, très au fait des traditions de sa région, nous dit que la Tarasque est «connue dans tout le pays sous le nom de "la mère-grand"_»! Elle est soumise par sainte Marthe (Mar = mère).

L'Energie de la Tarasque, celle de la Terre Vivante émergeant du Chaos, c'est celle de la Grand'Mère, la Mère-Grand, sonorité MRG, comme pour Morgane, Morgue, Margot, Marguerite. Cette Mère-Grand est Mère de l'Unité, Merlin, Mère de la Lumière, Merlusine. Et Mélusine, chthonienne, avec sa queue de serpent, est une Vouivre, elle qui s'envole par la fenêtre du château de Mervent. Que de légendes et de contes ont été recensés là aussi sur toutes ces fées et sur bien d'autres !

L'Energie qui dompte la nature sauvage est tout aussi bien celle de Gargantua, d'Isoré et de tous les géants qui sont nombreux dans les traditions de chaque région. Dans son oeuvre, Rabelais a immortalisé Gargantua, mais il s'est inspiré des « Cronicques_» qui elles-mêmes ont leurs racines dans le terreau des légendes orales. Nombreuses encore sont celles qui sont parvenues jusqu'à nous. Ces anciennes « Cronicques » étaient anonymes, comme celle qui connut un très grand succès auprès de l'âme populaire, les Grandes et inestimables Cronicques du grant et enorme geant Gargantua. Le patrimoine folklorique est très riche sur ce thème. Si Claude Gaignebet donne nombre de documents et de clefs dans son oeuvre A Plus Haut Sens. L'ésotérisme spirituel et charnel dans l'oeuvre de Rabelais (HS), c'est d'abord à Henri Dontenville et à G.E. Pillard, dans Le Vrai Gargantua. Mythologie d'un Géant, que l'on doit les mille et un récits qui montrent l'énergie de Gargantua à l'oeuvre sur tout le territoire français.

Nos ancêtres n'ont pas nommé les lieux, les rivières, les lacs, les étangs, les sommets, les rochers, les grottes... au hasard ! Les cartes dressées par les mythologues sont démonstratives. Les toponymes de Gargan, Gargantua, Isoré, Morgane, Mélusine couvrent toutes les campagnes françaises. A ces lieux sont associés menhirs et dolmens en nombre impressionnant encore, malgré les destructions opérées au fil des siècles. Beaucoup de récits légendaires qui traitent de fées, de nains et de géants sont d'une quelconque manière à considérer également, ainsi que les sources guérisseuses, elles aussi liées à la Vouivre. Il y a tout un substrat, antérieur au christianisme, d'une prodigieuse richesse, d'une grande diversité, et dont la cohérence, dépassant notre simple logique, est l'expression même de la vie.

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