La Vouivre


Extrait du livre
"La VOUIVRE, UN SYMBOLE UNIVERSEL"
Kintia Appavou et Régor R. Mougeot
(Ed. la table d'emeraude, paris, 1993, 1995 - Epuise, consultable en bibliotheque)
<<< Précedente 1 2 3 4 5 6 7 Suivre >>>

Cliquer ici pour acheter La Vouivre : Un symbole universel


Il peut aussi être intéressant de montrer la grande diversité des récits et des appellations.

Dans le Berry, un « grand serpent se réveille de temps à autre; il a quarante pieds de longueur et sa tête est faite comme celle d'un homme ». George Sand décrit dans Légendes Rustiques (p. 65) le Grand Serpent des étangs de la Brenne, près de Saint-Michel-en-Brenne. A Gargilesse, lieu de prédilection de George Sand, la Vouivre prend le nom de Gargelle.

Dans le Mâconnais, c'est la Bête Faramine, monstre « faramineux » qui volait d'un coup d'aile de la Roche de Solutré jusqu'à Vergisson, ou bien encore de Thouleurs jusqu'à la pierre de la Wivre du Mont Beuvray. Elle est aussi connue dans le Poitou où on l'orthographie « Bête Pharamine ».

Les serpents volants ne sont pas rares. On peut citer ceux du Château de la Fraudière à Jouhet (Côte-d'Or) et de Presly (Cher), la serpente volante du Château de Rosemont à Luthenay-Uxeloup (Nièvre), la couleuvre volante du Château de la Motte-Chevagnes (Allier) entre autres.

Le Dard du sud de la Gâtine « aurait le corps d'un serpent à queue très courte et quatre pattes, une tête de chat et une crinière tout le long du dos. Son sifflement fait peur. Si on l'attaque, il mord cruellement, mais il n'est pas venimeux. Cependant, il a coutume de téter les vaches comme les autres serpents ».

La Coulobre (du latin coluber) provençale, c'est surtout le dragon sorti de la grotte de la fontaine de Vaucluse d'où sourd la Sorgue. Celle de Bagnols-sur-Cèze (Gard) a sept têtes et sept queues.

La « Bête Rô_» tapie dans la caverne de la Pointe de Roux, près d'Aytre, dans le canton de La Rochelle en Aunis, la Kraulla de Reims, l'énorme serpent ailé de Niort, la « Male Beste » des bords de la Garonne, le lézard monstrueux du Médoc, le Lumeçon de Mons (Hainaut, Belgique) que combat saint Georges, les Vermines et les Vers, les griffons à queue de serpent et les basilics (coqs à queue de serpent), comme celui du puits de Coulaine à Claunay-le-Bouchet (Vienne), sont d'autres avatars du Dragon-Vouivre.

La déformation des prononciations donne des noms dérivés de «crocodile_», monstre des bords du Nil qui a impressionné les voyageurs des temps passés: « cocodrilles », devenant « cocadrilles » en Sologne et « coquatrix », ou « cocatrics » dans de nombreux endroits. L'Auberge du Coquatrix, dans le Hurepoix, maintient encore le souvenir d'une ancienne légende. Il y a, à l'Hôtel-Dieu de Lyon, un crocodile qui fut tué, dit-on, sur le Rhône, au Moyen Age !

Les dragons et les serpents ou les lézards vivent parfois en couple, et selon la Gest Maugis (XIIIe siècle), le cheval fabuleux Bayart serait né de l'accouplement d'un dragon et d'un serpent :

« un dragon l'engendra ileuc en un serpent ».

A Provins (Seine-et-Marne) vivaient un dragon et une lézarde qui sont encore fêtés de nos jours.

Mais il y a aussi la Tarasque (du grec tarasso : épouvanter) dévoreuse, celle de Novès, terrifiante, qui ressemble à une ancienne Tarasque étrusque, celle d'Arles et celle de Tarascon, plus bonasse, dont la fête est remise actuellement à l'honneur. Peut-être ces Tarasques ont-elles pour ancêtre le serpent carnassier de trois mètres de long gravé dans une caverne des Beaumes-Latrone, située dans une falaise abrupte de la vallée du Gard ?

Dans la Légende Dorée, Jacques de Voragine, évêque de Gênes, décrit ainsi la Tarasque :

« En ce temps, avoit en ung boys sur le Rosne, entre Arles et Avignon, ung dragon, demy beste et demy poisson, plus gros que ung beuf, et plus long que ung cheval. Et avoit les dents aguës comme une espée, et estoit cornu de chascune part, et se tapissoit en l'eaue, et tuoyt les passans, et noyoit les nefs...

« Et quand on le suyvoit par une espace de temps, il mettoit hors l'ordure du ventre, ainsi comme ung dart et brusloit tout ce à quy il touchoit. Et Marthe, à la prière du peuple, alla là, et le trouva mengeant ung homme en sa bouche. Et lors getta dessus »uy l'eaue benoiste, et luy monstra une croix : et fut tantost vaincu, et se tint comme une brebis, et lors Marthe le lya de sa sainture. Et fut tantost tué du peuple à lances et à pierres, et ce dragon estoit appellé, de ceulx du pays, Tarascon, Tarasconus. »

Louis Dumont, dans son livre La Tarasque, essai de description d'un fait local d'un point de vue ethnographique, a étudié minutieusement la tradition millénaire qui commémore la soumission de ce dragon dévorant à sainte Marthe. Le chanoine Bovis la décrit ainsi :

«Elle était de la grosseur d'un taureau, ayant la teste d'un lion, le crin d'une jument, les dents comme des épées, le dos tranchant comme une faux, la queue couleur de vipère. Elle était couverte d'écailles comme une tortue_».

Mais la Tarasque que l'on sort actuellement pour la fête annuelle est d'un aspect beaucoup plus débonnaire !

<<< Précedente 1 2 3 4 5 6 7 Suivre >>>


Click to buy La Vouivre : Un symbole universel
Cliquer ici pour acheter La Vouivre : Un symbole universel



Selected Bibliography:






.


Google

Web

pilgrimsall.org