La Vouivre


Extrait du livre
"La VOUIVRE, UN SYMBOLE UNIVERSEL"
Kintia Appavou et Régor R. Mougeot
(Ed. la table d'emeraude, paris, 1993, 1995 - Epuise, consultable en bibliotheque)
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Souvent d'ailleurs la Vouivre crache le feu :

« Les montagnes des Alpes et du Jura avaient un serpent volant, qu'on appelait la vouivre, et qui était de proportions énormes. On dit qu'elle porte sur sa tête une aigrette ou couronne étincelante, elle a sur le front un oeil unique, diamant lumineux qui »claire et qui projette une vive lumière que l'on voit de très loin. Lorsqu'elle voltige avec bruit de mont en mont, on voit sortir de sa bouche une haleine de flammes et d'étincelles. »

Et, bien sûr, la convoitise amène les hommes à la tuer pour s'emparer du diamant comme dans tous les contes similaires du Cantal, du Puy-de-Dôme, de Vienne, de Basse-Normandie, de Bresse, du Revermont... de Brétigny en Côte-d'Or où « Lai Sarpan du Bois du Roz » avait une couronne sur la tête, un oeil de diamant, des écailles brillantes et sonores et un anneau à la queue.

« On voyait jadis dans les forêts de Luchon de grands serpents qui avaient une pierre brillante sur le front . »

La « Male Beste_» des bords de la Garonne est, elle aussi, dotée au front d'un seul oeil.

Les légendes locales gardent le souvenir de la vouivre de Blamont (Doubs) qui lavait ses ailes brillantes à la source de la Fuge, de celle qui hantait les forêts du Mont Bleuchin (Doubs), de celle de Gémeaux (Côte-d'Or) qui se baignait dans la fontaine Demelet, de celles encore de Couches-les-Mines (Saône-et-Loire), de Vitteaux (Côte-d'Or), de Beaulon (Allier), de Fleury-sur-Loire (Nièvre)...

Paul Sébillot, dans son oeuvre monumentale (au sens étymologique du mot : oeuvre qui maintient le souvenir, la mémoire) Le Folklore de France, ainsi que dans ses Contes, a répertorié un grand nombre de récits légendaires de la tradition orale qui mettent en scène serpents et dragons, gardiens des trésors cachés et des princesses prisonnières. Henri Dontenville, dans La France Mythologique et dans Histoire et Géographie Mythiques de la France, oeuvres également monumentales, nous fournit quantité de renseignements révélateurs.

Dérivé du latin « Vipera », le mot « Vouivre » signifie donc « serpent », et non seulement vipère. Mais les traditions orales sont vivantes et ne fixent pas les mots qui ainsi varient d'une région à l'autre :

«... les habitants du Valais se débarrassèrent d'un monstrueux serpent nommé la Ouïvra qui enlevait les bestiaux de la montagne de Louvye... La Ouïvra avait une tête de chat sur un corps de serpent... »

« Guivre », ou «Givre », est souvent orthographié « wivre » comme dans la Nièvre, et parfois « Nwywre » à propos du serpent gravé sur le menhir de Manio à Carnac. Le Manuscrit des Paroles du Druide sans nom et sans visage préfère la sonorité Vuipre, plus âpre et plus rude. Dans la suite de ce livre nous avons choisi « Wivre », le W marquant bien, par sa sonorité autant que par sa graphie, le mouvement du serpent, son ondulation, la vibration.

Mais la Vouivre, c'est aussi le dragon. Le latin «draco » a donné en français « dragon », mais aussi « drake_» et « drache » en anglais et en allemand. Innombrables sont les légendes qui le concernent ! Un dragon ravageait le pays d'Ajoie (Doubs), celui des Combes (Doubs) gardait un trésor, on offrait des jeunes filles en pâture à celui de Domfront (Orne), le dragon de Lissagues (Basses-Pyrénées) tua le seigneur Gaston de Belzunce près de la fontaine, celui des creux du Laquet à Saint-André-de-Valborgue (Gard) était particulièrement horrible ! Et on en trouve à Douai, Mons, Vannes, Moret-sur-Loing, Troyes, Nevers, Avignon, Cavaillon, Sisteron…

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